Prudence recommandée pour les investissements dans les émergents

04/12/2008
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Les marchés émergents ont bien plus reculé que les marchés des pays développés depuis l’été, victimes même pour certains pays de risques de défaut, et ils doivent être abordés pour 2009 dans une optique d’investissement très prudente et à plus long terme, estiment des gérants spécialisés dans cette classe d’actifs.

L’indice MSCI des marchés actions émergents avait bien résisté du 1er janvier jusqu’à mai, avec une performance négative mais proche de celle du MSCI World. A partir de mai, cet indice émergent a nettement plus baissé que son homologue mondial, sous l’effet notamment de sorties massives de capitaux d’investisseurs forcés de se désengager pour se désendetter et de rapatrier leurs fonds sur leurs principaux marchés comme les Etats-Unis.

Le MSCI Emerging cède désormais près de 60% depuis le début de l’année, contre près de 50% pour le MSCI World, et les marchés émergents subissent une décote d’environ 20% par rapport à ceux des pays développés pour ce qui est du ratio cours/bénéfice (PER) attendu.

Face au ralentissement économique des émergents, qui n’échappent pas aux conséquences de la récession à l’oeuvre aux Etats-Unis ou dans la zone euro, les gérants spécialisés optent d’abord pour une sélection entre pays, au niveau des performances macro-économiques.

“Il faut réaliser des sélections des pays émergents et éviter ceux ayant un fort déficit de la balance courante et une dette importante, comme ceux d’Europe de l’Est, dont certains comme la Hongrie ont même présenté des risques de défaut, ou bien encore l’Afrique du Sud, la Turquie, l’Argentine, la Colombie ou la Corée du Sud”, estime Patrice Lemonnier, responsable de la gestion actions émergentes chez Crédit agricole Asset Management.

“Nous sommes par contre surpondérés sur la Chine, qui a la possibilité de mettre en place des politiques contra-cycliques réellement musclées, même si le pays connaît dans le même temps un ralentissement marqué de l’immobilier et des investissements”, ajoute-t-il.

Le gérant est aussi prudent sur le plan sectoriel, privilégiant les compartiments plus défensifs comme les télécoms, les sociétés de services aux collectivités et les valeurs de consommation non cycliques.

DE NOUVEAUX PLANCHERS

D’une manière générale, les investisseurs optent pour la fuite vers la qualité, ciblant des sociétés moins touchées par la volatilité des marchés, des valeurs peu cycliques, peu endettées et leaders dans leur domaine.

“Nous privilégions les valeurs beaucoup moins sensibles à une baisse de l’activité et nous avons par exemple historiquement peu investi dans les matières premières”, explique Wojciech Stanislawski, gérant spécialiste des émergents chez Comgest.

“Nous avons notamment en portefeuille depuis des années Souza Cruz, premier fabricant brésilien de tabac, qui n’a pas de dettes, génère énormément de liquidités supplémentaires et dont l’activité subit peu l’impact de la crise mondiale”, ajoute-t-il.

“Nous avons aussi des positions importantes dans le sud-africain MTN, premier opérateur de téléphonie mobile en Afrique, un continent peu doté en téléphonie fixe et où les gens ne résilient leur abonnement au mobile que s’ils n’ont vraiment plus de quoi manger car un portable reste notamment un outil important pour être présent sur le marché du travail”, explique le gérant.

Les spécialistes constatent que les marchés actions émergentes sont désormais relativement bon marché, avec un PER autour de sept, mais ils n’excluent pas une nouvelle baisse, en particulier en cas d’autres mauvaises nouvelles venues des Etats-Unis.

“Le marché peut encore toucher de nouveaux planchers, notamment si le futur plan de stabilisation économique de l’administration Obama déçoit les investisseurs”, juge Martial Godet, responsable de la gestion marchés émergents de BNP Paribas Asset Management. “On peut cependant commencer à investir de façon graduelle sur les marchés émergents, avec un horizon minimal de deux à trois ans, pour jouer un début de stabilisation de l’économie mondiale dans le courant du deuxième semestre 2009. Il s’agit notamment de cibler des sociétés ayant des valorisations inférieures à leurs actifs ou des cash flow récurrents et celles liées à des actifs réels comme l’énergie, l’immobilier ou les infrastructures”.

Dans ce contexte, mieux vaut privilégier, selon le gérant, les fonds investis sur les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), dont la croissance moyenne reste plus forte que celle de l’ensemble des pays émergents et qui permettent de diversifier les risques, un principe cardinal à l’heure actuelle.

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