La visite officielle de Nicolas Sarkozy au Mexique n’a rien d’une formalité diplomatique. Après des passages médiatisés dans une station balnéaire et la visite de pyramides en compagnie de son épouse, sur invitation du président mexicain, Felipe Calderon, a-t-on bien pris soin de préciser à l’Élysée, le chef de d’État devait consacrer sa journée d’hier à sortir les relations avec la deuxième puissance latino-américaine de l’ordre du symbolique. Certes le sort judiciaire de la ressortissante française Florence Cassez, arrêtée en 2005 puis condamnée à une peine de soixante ans de prison pour « participation à des enlèvements » au terme d’un procès plus que douteux, a figuré en bonne place des bilatérales. Mais c’est surtout sur le terrain économique que Mexico et Paris étaient censés se retrouver, dix ans après la dernière visite d’un chef d’État français.
Le mexique, 4e parmi
les « émergents »
Après le voyage de Nicolas Sarkozy au Brésil, en décembre 2008, où de nombreux contrats dans le domaine de l’armement ont été signés, Paris espère récidiver en s’implantant de manière significative dans une région traditionnellement dévolue à son grand voisin états-unien, et chevillée à ce dernier par un traité régional de libre commerce désavantageux (DR-CAFTA). Tandis que l’Amérique centrale ne représente qu’à peine 0,40 % du commerce extérieur des 27, la France, quant elle, n’est aujourd’hui que le quatrième partenaire commercial européen du Mexique avec 1 % de part de marché. Autant dire une hérésie pour Paris alors que le Mexique s’affiche au 4e rang des nations émergentes. Côté français, on espère donc bien y remédier tant sur le plan économique que politique, le Mexique pouvant s’avérer un partenaire fiable lors des prochaines rencontres internationales, à commencer par le sommet du G20, en avril prochain.
Comme à Brasilia, Nicolas Sarkozy a revêtu ses habits de super-VRP. Flanqué d’une délégation patronale parmi laquelle figurent des représentants de GDF Suez, Lafarge, Schneider Electric, Danone, Saint-Gobain ou Safran, le président de la France espérait bien remporter le morceau dans le domaine de la santé mais surtout de l’armement et de la sécurité avec la signature de contrats de vente d’hélicoptères et d’un système de surveillance de caméras pour Mexico, la capitale.
Outre-Atlantique, on ne manque pas d’espérer que ce nouveau partenariat changera quelque peu la donne. D’abord en matière sécuritaire. Incapable de stopper l’explosion du narcotrafic et du crime organisé dont les conséquences sont affolantes en matière d’homicides, avec près de 5 400 assassinats en 2007 et près de 8 000 enlèvements par an, les autorités ont répondu au phénomène par des méthodes tout aussi condamnables.
La France, au regard oblique en matière de respect des droits de l’homme, pourrait prêter main-forte à Mexico en aidant à la formation des forces de l’ordre locales, souvent corrompues et accusées de connivence avec les cartels. La manière forte est d’autant plus contestée que le plan Mexico, connu sous le nom d’Initiative Mérida – un programme militaire de lutte supposée contre le trafic de drogue, financé par les États-Unis – s’est révélé inefficace à ce jour. Au point d’éveiller les doutes sur la finalité de l’opération, à savoir la militarisation de la frontière qui sépare les États-Unis du Mexique, espérant ainsi freiner les flux quotidiens de migrants d’Amérique centrale fuyant la misère.
Dans l’arrière-cour de Washington
Sur le plan financier, le président de droite du PAN (Parti d’action nationale), Felipe Calderon, cherche à diversifier à tout prix ses partenaires. Le nouvel allié français pourrait être un ballon d’oxygène non négligeable alors que l’économie mexicaine est en crise. Le pays paye chèrement son allégeance à Washington à l’heure où les indicateurs économiques des États-Unis virent au noir. Près de quinze ans après la naissance de l’accord de libre commerce nord-américain (ALENA), Mexico est asphyxié : dévaluation du peso, licenciements massifs, hyperdépendance des importations, notamment en matière de produits agricoles, baisse des « remises » (envois d’argent des émigrés) alors qu’elles constituaient l’un des moteurs de la croissance. Paris comme une issue de secours pour Calderon… et Florence Cassez.
Cathy Ceïbe
L’Humanité