Grippe A ou pas, le Mexique a de gros problèmes

08/05/2009
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La parenthèse de l’alerte à l’épidémie se referme et le Mexique se remet au travail. En renouant peu à peu avec la routine de tous les jours, le pays retrouve aussi la déprime de la récession. Les maux passagers, comme la crise mondiale ou la grippe A, finiront par passer. Le malaise mexicain, lui, ne fait qu’empirer.

Avant l’apparition de la grippe A, les perspectives n’étaient déjà pas bonnes pour 2009. L’affaiblissement de l’économie américaine affecte les exportations mexicaines, tandis que la baisse du cours du pétrole fragilise le budget de l’Etat. Et voilà que le tourisme va flancher à son tour. Le produit intérieur brut (PIB) pourrait reculer de 6 % cette année – le plus mauvais chiffre depuis 1995. En fait, cela fait déjà un certain temps que la croissance est molle. Elle est en moyenne de 3 %, et seulement de 1,8 % une fois corrigé l’effet volume de la démographie. C’est très peu en comparaison de l’Extrême-Orient. Dans le contexte actuel de crise majeure, le taux de croissance moyen du PIB sur cinq ans va passer sous les 2 %, tandis que celui du PIB par habitant va se situer aux alentours de 1 %. L’Asie part en flèche quand le Mexique fait du surplace.

COURAGE POLITIQUE

La réussite asiatique est une des clés du problème. Autrefois, les usines américaines avaient recours à la main-d’oeuvre mexicaine bon marché. Aujourd’hui, ils emploient des travailleurs chinois encore moins chers. En 2002, les Etats-Unis achetaient plus au Mexique qu’à la Chine. En 2008, les achats américains auprès de la Chine représentaient 1,5 fois les importations en provenance du Mexique.

La faiblesse artificielle du yuan chinois a créé une concurrence déloyale. La chute du peso mexicain va faire un peu de bien au pays, mais les carences restent nombreuses. Alors que la Chine produit des diplômés en série, au Mexique le système public d’éducation ne s’améliore guère. Le puissant syndicat des enseignants s’oppose à toute réforme et pas un gouvernement n’a eu la volonté de s’attaquer au problème.

Le secteur pétrolier exige, lui aussi, un certain courage politique. Le groupe public Pemex voit sa production diminuer du fait de l’épuisement de ses champs. Au premier trimestre, elle a reculé au total de 7,8 % par rapport à 2008. Sous réserve de nouer des partenariats avec des entreprises étrangères, Pemex pourrait exploiter des gisements sous-marins. Mais au Mexique, l’idée de laisser des étrangers prendre pied dans le pétrole est toujours un tabou politique.

Les ressources de l’Etat dépendent pour beaucoup de Pemex, car la collecte fiscale est assez peu efficace. Les revenus indépendants de l’industrie pétrolière ne représentent que 8 % du PIB. Si l’industrie pétrolière ne maintient pas sa contribution, il va devenir indispensable d’opérer de lourdes réformes. A défaut, le Mexique n’aura pas les moyens d’opérer les investissements nécessaires dans l’éducation et la santé.

La grippe A passera. Les véritables problèmes du Mexique sont structurels et compromettent son développement. Et rien n’est fait pour y remédier.

(Traduction de Christine Lahuec.)

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