Avec l’achat des activités de brasserie du groupe mexicain FEMSA, le néerlandais Heineken prend position sur le marché de la bière en Amérique latine face à ses grands rivaux, l’Anglo-Sud-Africain SabMiller et le Belgo-Brésilien Anheuser-Busch InBev.
Heineken a «soufflé» la transaction conclue avec Fomento Economico Mexicano SA (FEMSA), premier embouteilleur de Coca Cola en Amérique latine, à SabMiller, longtemps donné repreneur probable de la division «bière» de FEMSA, qui compte 14 usines au Mexique et au Brésil, et 35 marques, dont Sol et Dos Equis.
«Avec cette opération, nous visons à nous poser en intervenant beaucoup plus musclé et compétitif en Amérique latine, un des marchés de la bière les plus rentables et de plus forte croissance au monde», a déclaré mardi soir le directeur exécutif de Heineken Jean-François van Boxmeer en conférence de presse à Monterrey, au siège de FEMSA dans le nord-est du Mexique.
Sans mouvements de fonds, et seulement par échange d’actions, Heineken a toutefois mis le prix: l’accord, qui porte sur 5,3 milliards d’euros, fait entrer FEMSA dans son capital à hauteur de 20%.
Le jeu en vaut la chandelle: le Mexicain va lui apporter sa connaissance du terrain en Amérique latine, où il est le premier distributeur de boissons et exporte dans neuf pays dont l’Argentine, la Colombie, le Venezuela et surtout le Brésil, où il produit et fournit 10% du marché national de la bière.
FEMSA, enfin, exporte aux Etats-Unis, en Asie et même en Europe, touchant un marché total de plus de 200 millions de consommateurs, affirme le groupe sur son site internet.
L’opération est gagnant-gagnant, estime l’analyste Ana Pedroni, du groupe financier mexicain Ixe: «elle expose FEMSA sur une plate-forme mondiale avec un acteur très important comme Heineken qui, de son côté, pourra entrer sur des marchés comme le Brésil ou le Mexique».
SabMiller vend surtout en Amérique centrale et du sud, et Anheuser-Busch InBev est chez lui au Brésil, depuis la fusion en 2004 d’Interbrew avec le brasseur Companhia de Bebidas das Americas (AmBev).
Au Mexique, FEMSA contrôle près de la moitié du marché de la bière, le deuxième en importance en Amérique latine après le Brésil…
La consommation de bière en Amérique latine est en progression constante, suscitant la convoitise des multinationales du secteur devant des perspectives de croissance supérieures à celles de leurs filiales européennes ou asiatiques.
Le potentiel de croissance dans la région demeure énorme, selon la Chambre argentine de l’industrie de la brasserie portant sur 2007, qui fait état d’une consommation moyenne d’un peu moins de 39 litres par personne et par an, contre 90 en Belgique, 120 en Allemagne et 160 en République tchèque.