L’Amérique latine et les Caraïbes s’unissent pour s’affirmer davantage face aux Etats-Unis

24/02/2010
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La décision de construire la Communauté des Etats latino-américains et caribéens représente un pas décisif dans l’histoire de la région”, s’est félicité le président mexicain, Felipe Calderon, lors de la clôture du Sommet de l’unité, lundi 22 et mardi 23 février. Réunis à Cancun (Mexique), 25 chefs d’Etat et des représentants de tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont donné naissance à un organisme régional sans les Etats-Unis et le Canada.

Du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva au Cubain Raul Castro, du Vénézuelien Hugo Chavez au Colombien Alvaro Uribe, ils ont tous accepté la création d’une organisation rassemblant les pays membres du Groupe de Rio et ceux de la Communauté des Caraïbes (Caricom). Le président Calderon a précisé que l’organisme “devra stimuler l’intégration régionale en considérant la mise en valeur de notre développement durable, (et) faire valoir les projets de la région dans les rendez-vous internationaux”.

Les dirigeants ont également signé 87 engagements communs en matière d’économie, de sécurité, d’émigration, de développement social ou de lutte contre le réchauffement climatique. Ils ont aussi réaffirmé la souveraineté argentine sur les îles Malouines et soutenu la reconstruction d’Haïti.

En revanche, le cas du Honduras a été écarté des débats. Le président hondurien, Porfirio Lobo, n’a pas été invité, en raison de la suspension de son pays de l’Organisation des Etats américains (OEA) après le coup d’Etat de juin 2009. Selon le président du Guatemala, Alvaro Colom, il y aurait eu un accord “tacite” pour éviter les divisions à ce sujet.

“L’échec de l’OEA pour régler la crise au Honduras et l’incapacité à coordonner une aide commune en Haïti ont confirmé le besoin d’unité pour mieux gérer les crises”, estime le politologue Bernardo Olmedo. Mais, à son avis, “la principale motivation de la création de cette communauté réside dans la volonté des dirigeants latino-américains de renforcer leur influence sur le plan international en sortant du giron américain”.

Coquille vide ?

Le nouvel organisme représentera-t-il une alternative à l’OEA, où les Etats-Unis et le Canada sont présents ? “Il s’agit de se défaire définitivement de la domination des Etats-Unis”, affirme le président vénézuélien Chavez. Mais la plupart de ses homologues ne partagent pas son point de vue. Et ils n’ont cessé de répéter, au cours du sommet, que la nouvelle organisation “ne doit pas être considérée comme un remplacement de l’OEA”.

“L’OEA n’est pas menacée, mais les Etats-Unis pourraient être contraints de conférer une place plus importante aux autres pays membres en son sein, estime Luis Miguel Perez Juarez, spécialiste des relations internationales. A condition que la Communauté des Etats latino-américains et caribéens joue un véritable rôle.”

Or la nouvelle structure risque d’être une coquille vide. “C’est juste un organisme de concertation, déplore le politologue Alejandro Chanona. Quid du processus d’intégration : quels statuts ? quels financements ? Rien n’est encore précisé.”

Selon lui, cette instance manque d’un socle économique autour du Brésil et du Mexique, deux puissances qui représentent ensemble 60 % du produit intérieur brut (PIB) du sous-continent. “Il n’y a pas de consensus idéologique. Les gouvernements de gauche radicale, comme ceux du Venezuela ou de Cuba, et ceux de droite, comme la Colombie ou le Mexique, ont des modèles de société qui s’affrontent, empêchant l’édification d’un véritable lien régional”, ajoute M. Chanona.

Le président colombien et son homologue vénézuélien se sont affrontés, lundi, à cause de leurs différends, avant que le président mexicain Calderon et le Cubain Raul Castro ne ramènent le calme La nouvelle instance a au moins le mérite de prôner le dialogue pour régler les conflits. Son prochain rendez-vous a été fixé au Venezuela en 2011.

lemonde.fr

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