Des milliers de personnes sont descendues dans la rue lundi soir dans plusieurs villes argentines pour soutenir le “campo”, la campagne argentine, qui proteste depuis plus de trois mois contre une hausse des taxes.A Buneos Aires et dans plusieurs villes de l’intérieur, des centaines de personnes se sont rassemblées en frappant sur des casseroles pour apporter leur soutien au mouvement des agriculteurs et réclamer une solution à un conflit qui s’est aggravé le week-end dernier après l’arrestation pendant quelques heures d’un dirigeant agricole.

Ces “cacerolazos”, protestations à grand renfort de casseroles, ont débuté en début de soirée et se poursuivaient dans la nuit, y compris devant la résidence de la présidente Cristina Kirchner à Olivos, dans la banlieue de Buenos Aires. La tension, déjà forte depuis samedi, s’est encore accrue après des déclarations lundi de Luis D’Elia, leader social “kirchnériste”, dénonçant l’existence d’un complot économique, fomenté par l’ancien président Eduardo Duhalde, adversaire de Mme Kirchner, bien qu’appartenant au péronisme, mouvement politique dont se réclame la présidente argentine.

Luis D’Elia, coutumier des déclarations chocs, a appelé les Argentins à se mobiliser mercredi, pour défendre la démocratie, à l’occasion d’un grand rassemblement des partisans de la présidente, prévu le même jour qu’une grande manifestation du “campo”.

La reprise décidée samedi de la grève des agriculteurs, la quatrième depuis le début du conflit en mars, pèse lourdement sur l’activité économique dans l’intérieur du pays et bloque également les exportations de grains, faute de renouvelement des stocks dans les silos du port de Rosario (centre-est), capitale de l’agro-alimentaire et principal débouché des exportations agricoles. Elle commence également à provoquer des problèmes de ravitaillement, notamment d’essence et de certains produits alimentaires, en raison des nombreux barrages bloquant plusieurs routes dans l’intérieur du pays par des agriculteurs en colère et des routiers, excédés de ne plus pouvoir travailler.

Les agriculteurs protestent, entre autres, contre une hausse de 25% de la taxe à l’exportation de soja, principale richesse agricole du pays, décidée le 11 mars par le gouvernement.

L’Argentine exporte normalement des produits agricoles et agro-alimentaires pour une valeur de quelque 35 milliards de dollars, soit plus de la moitié des exportations totales du pays (55 mds de dollars).

Elle est le premier exportateur mondial de farine et d’huile de soja, le troisième pour les graines de cet oléagineux, le second pour le maïs et le cinquième pour le blé.