Le pétrole a déjà provoqué des guerres. Il pourrait contribuer à mettre fin à l’un des embargos les plus anciens et les plus controversés de la planète: celui qu’impose Washington à Cuba depuis 1962. Comme le souligne l’International Herald Tribune de vendredi, Cuba prévoit d’exploiter un grand champ pétrolier au nord de l’île des Caraïbes et à quelque 95 km des côtes de Floride. Les réserves de ce champ enfouies à 9,7 km de profondeur sont estimées à 5 milliards de barils de pétrole et à 280 milliards de mètres cubes de gaz. Dans quelques années, on pense que Cuba pourrait produire jusqu’à 525000 barils par jour, une quantité qui le rendrait plus indépendant du Venezuela, qui continue à l’alimenter substantiellement en hydrocarbures.
Gros consommateurs d’or noir, les Etats-Unis peinent à cacher leur intérêt. Mais en raison de l’embargo, des contrats de plusieurs milliards de dollars pourraient échapper aux compagnies pétrolières américaines. Cité par le quotidien américain, Kirby Jones, consultant, le déclare sans ambages: «C’est la première fois que le maintien de l’embargo pourrait coûter aux Etats-Unis. Nous avons besoin de pétrole, d’où qu’il vienne. Et là, il se trouve à 90 km de nos côtes.»
Technologie américaine
Plusieurs facteurs peuvent changer radicalement les relations entre Washington et La Havane. Au plan économique et énergétique, les Etats-Unis ont un intérêt manifeste à coopérer avec Cuba pour exploiter les ressources pétrolifères cubaines. D’un point de vue technologique, La Havane ne dispose pas du savoir-faire nécessaire, car il s’agit là d’exploitation en eau profonde qui requiert des techniques sophistiquées. Les compagnies pétrolières américaines sont à la pointe en la matière. Au niveau environnemental, l’exploitation offshore par Cuba suscite des inquiétudes, car les réserves se trouvent à proximité des Keys, les îles très touristiques de Floride. Contacté par Le Temps, Carlos Saladrigas, codirecteur du Cuban Study Group à Miami, confirme: «En Floride, la crainte d’une pollution des côtes en raison de l’exploitation d’un champ pétrolier par Cuba, provoque un vrai débat environnemental.» On pense que des compagnies américaines seraient plus à même de préserver le milieu marin.
Mais à Washington, rien n’est encore acquis. Plusieurs républicains s’évertuent au contraire à agiter l’épouvantail cubain. Jeudi, le vice-président américain Dick Cheney a même dû avouer qu’il s’était fourvoyé en affirmant que les Chinois foraient déjà sur le champ pétrolier en question. Pour l’heure, toutefois, personne n’exploite. Les six compagnies étrangères (Espagne, Inde et Norvège) qui ont obtenu les concessions du gouvernement cubain ne commenceront l’exploitation qu’à partir de 2009. La société chinoise Sinopac n’a pour sa part mené que des travaux de prospection à l’ouest de Cuba.
Du côté de La Havane, où l’on a longtemps avancé que l’embargo avait coûté 89000 millions de dollars, mais qui permet tout de même aujourd’hui d’importer 36% des besoins alimentaires cubains, on ne semble pas réfractaire à l’idée de faire des affaires avec des sociétés comme Exxon Mobil. En 2006, à Mexico, Cuba avait déclaré être prêt à accueillir des Américains pour exploiter les champs. Carlos Saladrigas met cependant en garde: «Il n’y aura pas de levée de l’embargo avant le départ de Bush.»

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